Heroin Village
Run with the Lahu Opium people

Vidéo inédite au sein d’un village Lahu, situé entre Chiang Rai et le Golden Triangle. Le jeune San nous ouvre enfin les portes de son village où vivent les ex-paysans de l’opium. Les activités quotidiennes du village concernent essentiellement la consommation d’heroine blanche (from Birman), de mixture d’opium en tout genre. Aluminium, cigarettes, pipes, tout les moyens sont bons pour aspirer les molécules opioides. Un documentaire inédit basé sur une approche de gonzojournalisme en mode d’observation participante. Agréable voyage dans les campagnes du Triangle d’or.

En guise de préambule, nous rappelons que le travail en présence de cette page ne constitue en aucun cas une apologie ni une incitation à la consommation d’opiacés. Nous rappelons que l’héroine est la drogue la plus insidieuse et la plus néfaste. Malgrè une apparente douceur (liée aux propriétés fortement antalgiques de la drogue) l’héroine est la drogue qui engendre les plus longues et les plus profondes toxicomanies. Par ailleurs, il s’agit d’un produit létal en cas de surdosage. Les images suivantes mettent en scène les Lahus, appelés peuple de l’Opium, anciens cultivateurs du pavot. Ce documentaire, d’ordre ethnographique, figure les Lahus dans leur quotidien où l’héroine et l’opium occupe une place centrale depuis plusieurs générations. De par son histoire, la culture Lahu est indissociable de l’opium. Consommés par l’ensemble des habitants du village, les opiacés constituent ici un phénomène traditionnel. L’approche documentaire à caractère ethnographique n’a pas pour objectif de dénoncer ou de moraliser une pratique (si néfaste soit-elle). Cela reviendrait à "ethnocentrer" le discours et à analyser les traditions Lahus à travers un prisme occidentalisant. Ainsi il reste nécessaire d’expliquer la démarche documentaire afin d’ôter toute confusion sur l’objectif de ces images. Par précaution, nous avons choisi d’interdire ces images au moins de 18 ans.

Sur les hauteurs, très souvent au-dessus de 1 000 m, la partie de l’espace souvent la plus difficile d’accès a longtemps échappé - et échappe encore aujourd’hui en partie - au contrôle étatique. Cet espace est émietté en communautés villageoises autonomes appartenant à différents groupes ethniques de langue tibétobirmane (Hani/Akha, Kachin-Gumlao, Lahou, Lissou...) ou Hmong-Yao. Par-delà les différences ethnographiques observables d’un groupe à l’autre, il existe nombre de points qui permettent de dessiner un ensemble de caractéristiques communes. Ces communautés villageoises, jouissant d’une grande autonomie, sont constituées par une juxtaposition de lignages appartenant à différents clans, dont la cohésion au niveau villageois est assurée par un Conseil des anciens (composé par une partie ou la totalité des chefs de maisonnées). Tous ces lignages, patrilinéaires et exogames, sont en principe égaux, le seul principe hiérarchique étant l’antériorité des générations et l’âge, qui fondent l’autorité du chef de maisonnée ou de lignage. Il n’y a pas, en revanche, de véritable chef de village institutionnalisé, tout juste un meneur des maisonnées décidées à fonder un nouveau village. Dans certains groupes, comme les Lissou ou les Nosou, il peut exister parfois une exception à cet égalitarisme général dans le statut inférieur octroyé à des éléments allogènes, prisonniers de guerre, miséreux se réfugiant dans les montagnes, victimes de razzia. Ils constituent une main-d’œuvre pour les travaux agricoles ou domestiques, leur statut s’améliorant progressivement chez leurs descendants. Le village, qui n’est soumis à aucune institution supérieure, en dehors de l’État sur le territoire duquel il se trouve et auquel le relie un lien fiscal, est une entité sociale assez fluide, puisque susceptible à tout moment de se dissoudre ou de se recomposer au moins partiellement. On se trouve dans un espace de microcosmes villageois autonomes, voire indépendants, juxtaposés sans entretenir de relations économiques significatives entre eux, car ayant des productions trop similaires, non complémentaires. Les villages voisins appartiennent le plus souvent à des groupes ethniques différents. La dispersion est la règle, et les ensembles de villages ethniquement homogènes, tels que le pays Lissou de part et d’autre de la Salouen, à la frontière nord-est de la Birmanie, sont des exceptions. Un même lignage, ou afortiori un même clan, d’une ethnie est constitué par un rassemblement de maisonnées situées dans des villages différents souvent éloignés, voire très éloignés dans l’espace.

Cet espace relativement fluide, caractérisé par une grande mobilité des maisonnées, et même des villages, avec une structure politique égalitaire, est particulièrement difficile à intégrer par les États, que ce soit des royaumes, des empires ou de simples principautés ou seigneuries. Il n’existe pas d’élites héréditaires auxquelles pourrait être concédée une partie du pouvoir en échange de leur loyauté. Ce système politique est apte à se reproduire partout où sont fondées de nouvelles communautés, quelle que soit la forme de l’État englobant, dont la capacité à les intégrer politiquement est ainsi très limitée [Bouchery, 1997].

La maisonnée formée par une famille étendue est l’unité socio-économique la plus forte. La communauté villageoise n’est qu’un groupement plus ou moins éphémère de maisonnées regroupées en lignages appartenant à différents clans. On a comparé ces villages à des bandes d’oiseaux qui représenteraient chacun une maisonnée. Tantôt ils s’agglomèrent tous ensemble, tantôt se dispersent en petits groupes ou s’éparpillent pour se rassembler à nouveau, laissant à leur périphérie quelques isolés. Conflits ou vendettas provoquent ces mouvements à moins que ce ne soit l’épuisement des sols et la recherche de terres moins dégradées par la répétition des cultures et des défrichements.

Les liens avec l’extérieur sont d’abord de nature économique, ce sont des échanges commerciaux avec les basses terres occupées par des Shan. Des colporteurs de cette ethnie, parfois accompagnés de bœufs de bât, assurent un commerce de produits agricoles ou artisanaux à faible rayon d’action. Les caravaniers Haw (Chinois musulmans du Yunnan), à l’aide de mulets ou de robustes petits chevaux, transportent les produits de plus grande valeur. Ceux-ci sont exportés ou importés dans l’ensemble de la zone en relation avec les foyers plus lointains de consommation : opium et produits dérivés, produits industriels, armes.... Ces espaces sont donc marginaux dans tous les sens de ce terme et dans tous les États de la région, quelles que soient leurs dimensions.

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